—Je fais plus que le croire, sire, j'en suis sûr.
—Pardieu! c'est bien simple, je vais le renvoyer à Vienne.
—C'est un voyage fatigant, sire; mais il y a des fatigues salutaires.
—D'ailleurs, vous comprenez bien, mon éminentissime, que je veux avoir le coeur net de la chose; en conséquence, je renvoie à l'empereur, mon gendre, la dépêche dans laquelle il me dit qu'il se mettra en campagne aussitôt que je serai rentré à Rome, et je lui demande de mon côté ce qu'il pense de cela.
—Et, pour qu'on ne se doute de rien, Votre Majesté part pour Naples aujourd'hui avec tout le monde, en disant à Ferrari de venir me trouver cette nuit à San-Leucio, et d'exécuter mes ordres comme si c'étaient ceux de Votre Majesté.
—Et vous, alors?
—Moi, j'écris à l'empereur au nom de Votre Majesté, j'expose ses doutes et le prie de m'envoyer la réponse, à moi.
—A merveille! mais Ferrari va tomber dans les mains des Français; vous comprenez bien que les chemins sont gardés.
—Ferrari va par Bénévent et Foggia à Manfredonia; là, il s'embarque pour Trieste, et, de Trieste, reprend la poste jusqu'à Vienne si le vent est bon; il économise deux jours de route et vingt-quatre heures de fatigue, et, par le même chemin qu'il est allé, il revient.
—Vous êtes un homme prodigieux, mon cher cardinal! rien ne vous est impossible.