—Maintenant, à nous deux, monsieur, dit Ruffo, vous voyez la confiance que le roi a en vous. Voici un bon de dix mille ducats; allez faire tirer dans une imprimerie autant de mille exemplaires de cette proclamation qu'on en pourra tirer en vingt-quatre heures; les dix mille premiers exemplaires tirés seront affichés aujourd'hui à Naples, s'il est possible avant que le roi y arrive. Il est midi; il vous faut une heure et demie pour aller à Naples; cela peut être fait à quatre heures. Emportez-en dix mille, vingt mille, trente mille; répandez-les à foison et qu'avant demain soir, il y en ait dix mille distribués.

—Et du reste de l'argent, que ferais-je, monseigneur?

—Vous achèterez des fusils, de la poudre et des balles.

Pronio, au comble de la joie, allait s'élancer hors de l'appartement.

—Comment! dit Ruffo, vous ne voyez point, capitaine?...

—Qui donc, monseigneur?

—Le roi vous donne sa main à baiser.

—Oh! sire! s'écria Pronio baisant la main du roi, le jour où je me ferai tuer pour Votre Majesté, je ne serai point quitte envers elle.

Et Pronio sortit, prêt en effet à se faire tuer pour le roi.

Le roi attendait évidemment la sortie de Pronio avec impatience; il avait pris part à toute cette scène sans trop savoir quel rôle il y jouait.