C'était, on se le rappelle, justement en face de la porte Capuana, sur la place qui s'étend au bas des degrés de l'église San-Giovanni à Carbonara, sur l'emplacement même où, soixante ans plus tard, fut exécuté Agésilas Milano, que Michele, par hasard, et parce que cette place est le centre des quartiers populaires, avait donné rendez-vous à sa troupe! or, sa troupe, recrutée en route, s'était presque doublée dans l'espace à parcourir, chacun appelant à lui et entraînant les amis qu'il avait rencontrés sur son chemin, de sorte que plus de deux cent cinquante hommes encombraient cette place au moment où le roi se présentait pour la traverser.

Le roi savait bien qu'au milieu de ses chers lazzaroni, il n'aurait jamais rien à craindre. Il fut donc étonné, mais voilà tout, quand il vit, au milieu d'un si grand nombre d'individus assemblés, et à la lueur des rares réverbères allumés de cent pas en cent pas, et des cierges, plus nombreux, brûlant devant les madones, reluire des sabres et des canons de fusil; il se pencha en conséquence, et, touchant de la main l'épaule de celui qui paraissait le chef de la troupe:

—Mon ami, lui demanda-t-il en patois napolitain, pourrais-tu me dire ce qui se passe ici?

L'homme se retourna et se trouva face à face avec le roi.

L'homme, c'était Michel.

—Oh! s'écria-t-il, étouffé tout à la fois par la joie de voir le roi, l'étonnement que lui causait sa présence et l'orgueil d'avoir été touché par lui; oh! Sa Majesté! Sa Majesté le roi Ferdinand! Vive le roi! vive notre père! vive le sauveur de Naples!

Et toute la troupe répéta d'une seule voix:

—Vive le roi! vive notre père! vive le sauveur de Naples!

Si le roi Ferdinand s'attendait à être salué par un cri quelconque à son retour dans sa capitale, ce n'était certes pas par celui-là.

—Les entends-tu? demanda-t-il au duc d'Ascoli. Que diable chantent-ils donc?