L'apparition de la reine au balcon fut inaperçue, ou du moins ne parut causer aucune sensation, quoique la place du Château fût encombrée de monde; tous les regards, tous les cris, tous les élans du coeur étaient pour ce roi qui avait passé entre les rangs des Français pour aller mourir avec son peuple.

La reine ordonna alors que l'on prévînt le duc de Calabre que son père approchait, la présence de sa mère n'ayant pas suffi à l'attirer dans les grands appartements: elle fit, en outre, amener tous les enfants royaux, leur céda sa place au balcon et se tint derrière eux.

L'apparition des enfants royaux sur le balcon fut saluée par quelques cris, mais ne détourna point l'attention de la multitude, tout entière au cortège royal, dont la tête commençait à dépasser Sainte-Brigitte.

Quant à Ferdinand, il en arrivait peu à peu à être de l'avis du cardinal Ruffo, qu'il reconnaissait de plus en plus comme bon conseiller; avoir payé une pareille entrée dix mille ducats n'était pas cher, surtout si l'on comparait cette entrée à celle qui l'attendait, et que sa conscience royale, si peu sévère qu'elle fût, lui faisait pressentir.

Le roi descendit de voiture; après l'avoir traîné, le peuple voulut le porter: il le prit entre ses bras, et, par le grand escalier, le souleva jusqu'à la porte de ses appartements.

La foule était si considérable, qu'il fut séparé du duc d'Ascoli, auquel personne ne fit attention et qui disparut au milieu de cette houle humaine.

Le roi se montra au balcon, donna la main au prince François, embrassa ses enfants au milieu des cris frénétiques de cent mille personnes, et, réunissant dans un seul groupe tous les jeunes princes et toutes les jeunes princesses, qu'il enveloppa de ses bras:

—Eux aussi, cria-t-il, eux aussi mourront avec vous!

Mais tout le peuple répondit en criant d'une seule voix:

—Pour vous et pour eux, sire, nous nous ferons tuer jusqu'au dernier!