«Remerciez Dieu, ma bien-aimée! je suis arrivé à temps pour le combat, et n'ai point été étranger à la victoire; vos saintes et virginales prières ont été exaucées; Dieu, invoqué par le plus beau de ses anges, a veillé sur moi et sur mon honneur.
»Jamais victoire n'a été plus complète, ma bien-aimée Luisa; sur le champ de bataille même, mon cher général m'a serré sur son coeur et m'a fait chef de brigade. L'armée de Mack s'est évanouie comme une fumée! Je pars à l'instant pour Civita-Ducale, d'où je trouverai moyen de vous expédier cette lettre. Dans le désordre qui va résulter de notre victoire et de la défaite des Napolitains, il est impossible de compter sur la poste. Je vous aime tout à la fois d'un coeur gonflé d'amour et d'orgueil. Je vous aime! je vous aime!...
»Civita-Ducale, deux heures du matin,
»Me voilà déjà plus près de vous de dix lieues. Nous avons trouvé, Hector Caraffa et moi, un paysan qui, grâce à mon cheval, que j'avais laissé ici et dont vous ferez tous mes compliments à Michele, consent à partir à l'instant même; il ne s'arrêtera que lorsque le cheval tombera sous lui, et il en prendra aussitôt un autre; il se charge de porter une lettre à celui de nos amis chez lequel Hector était caché à Portici. Votre lettre sera incluse dans la sienne; il vous la fera passer.
»Je vous dis cela pour que vous ne cherchiez pas comment elle vous arrive; cette préoccupation vous éloignerait un instant de moi. Non, je veux que vous soyez tout à la joie de me lire, comme je suis, moi, tout au bonheur de vous écrire.
»Notre victoire est si complète, que je ne crois pas que nous ayons une autre bataille à livrer. Nous marchons droit sur Naples, et, si rien ne nous arrête, comme c'est probable, je pourrai vous revoir dans huit ou dix jours au plus.
»Vous laisserez ouverte la fenêtre par laquelle je suis sorti, je rentrerai par cette même fenêtre. Je vous reverrai dans cette même chambre où j'ai été si heureux, je vous y rapporterai la vie que vous m'y avez donnée.
»Je ne négligerai aucune occasionne de vous écrire; si cependant vous ne receviez pas de lettre de moi, ne soyez pas inquiète, les messagers auraient été infidèles, arrêtés ou tués.
»O Naples! ma chère patrie! mon second amour après vous! Naples, tu vas donc être libre!
»Je ne veux pas retarder mon courrier, je ne veux pas retarder votre joie; je suis heureux deux fois, de mon bonheur et du vôtre. Au revoir, ma bien adorée Luisa! Je vous aime! je vous aime!...
»SALVATO.»
Luisa lut la lettre du jeune homme dix fois, vingt fois peut-être; elle l'eût relue sans cesse, la mesure du temps manquait.
Tout à coup, Giovannina frappa à la porte.
—M. le chevalier rentre, dit-elle.
Luisa jeta un cri, baisa la lettre, la mit sur son coeur, jeta, en sortant de la chambre, un regard vers cette autre chambre par la fenêtre de laquelle était sorti Salvato, fenêtre par laquelle il devait rentrer.
—Oui, oui, murmura-t-elle en lui envoyant un sourire.
Cet amour était si fécond, qu'il donnait une existence à tous les objets inertes ou insensibles qui entouraient Luisa et qui avaient entouré Salvato.