—Parlez, mon ami, dit Luisa, que commençait d'atteindre un triste pressentiment. Je vous écoute.
—La situation dans laquelle se trouve la famille royale, dit le chevalier, est aussi grave au moins que nous l'avions présagé hier au soir; il n'y a aucune espérance de défendre l'entrée de Naples aux Français, et la résolution est prise par elle de se retirer en Sicile.
Sans savoir pourquoi, Luisa sentit son coeur se serrer.
Le chevalier vit sur le visage de Luisa le reflet de ce qui se passait dans son coeur. Sa lèvre frémissait, son oeil se fermait à demi.
—Alors... Écoute bien ceci, mon enfant, dit le chevalier avec cet accent de douce tendresse paternelle qu'il prenait parfois avec Luisa. Alors, le prince m'a dit: «Chevalier, vous êtes mon seul ami; vous êtes le seul homme avec lequel j'aie un vrai plaisir à causer; le peu d'instruction solide que j'ai, je vous le dois; le peu que je vaux, c'est de vous que je le tiens; un seul homme peut m'aider à supporter l'exil, et c'est vous, chevalier. Je vous en prie, je vous en supplie, si je suis obligé de partir, partez avec moi!»
Luisa sentit un frisson lui passer par tout le corps.
—Et... qu'avez-vous répondu, mon ami? demanda-t-elle d'une voix tremblante.
—J'ai eu pitié de cette infortune royale, de cette faiblesse dans la grandeur, de ce prince sans ami dans l'exil, de cet héritier de la couronne sans serviteur parce qu'il allait peut-être perdre la couronne; j'ai promis.
Luisa tressaillit; ce tressaillement n'échappa point au chevalier, qui lui tenait les mains.
—Mais, reprit-il vivement, comprends bien ceci Luisa: ma promesse est toute personnelle, elle n'engage que moi; éloignée de la cour, où tu as dédaigné de prendre ta place, tu n'as, toi, d'obligation envers personne.