—Oui, sire.
—Explique-moi de quelle façon; tu me feras plaisir.
—J'ai quatre mille marins sous mes ordres, sire; ce sont des hommes éprouvés et non des soldats d'hier comme ceux de votre armée de terre; donnez-m'en l'ordre, sire, je me mets à l'instant même à leur tête; mille défendront le passage d'Itri à Sessa, mille celui de Sora à San-Germano, mille celui de Castel-di-Sangro à Isernia; les mille autres,—les marins sont bons à tout, milord Nelson le sait mieux que personne, lui qui a fait faire aux siens des prodiges! —les mille autres, transformés en pionniers, seront occupés à fortifier ces trois passages et à y faire le service de l'artillerie; avec eux, ne fût-ce qu'au moyen de nos piques d'abordage, je soutiens le choc des Français, si terrible qu'il soit, et, quand vos soldats verront comment les marins meurent, sire, ils se rallieront derrière eux, surtout si Votre Majesté est là pour leur servir de drapeau.
—Et qui gardera Naples pendant ce temps?
—Le prince royal, sire, et les huit-mille hommes, sous les ordres du général Naselli, que milord Nelson a conduits en Toscane, où ils n'ont plus rien à faire. Milord Nelson a laissé, je crois, une partie de sa flotte à Livourne; qu'il envoie un bâtiment léger avec ordre de Sa Majesté de ramener à Naples ces huit mille hommes de troupes fraîches, et elles pourront, Dieu aidant, être ici dans huit jours. Ainsi, voyez, sire, voyez quelle masse terrible vous reste: quarante-cinq ou cinquante mille hommes de troupes, la population de trente villes et de cinquante villages qui va se soulever, et, derrière tout cela, Naples avec ses cinq cent mille âmes. Que deviendront dix mille Français perdus dans cet océan?
—Hum! fit le roi regardant Nelson, qui continua de demeurer dans le silence.
—Il sera toujours temps, sire, continua Caracciolo, de vous embarquer. Comprenez bien cela: les Français n'ont pas une barque armée, et vous avez trois flottes dans le port: la vôtre, la flotte portugaise et celle de Sa Majesté Britannique.
—Que dites-vous de la proposition de l'amiral, milord? dit le roi mettant cette fois Nelson dans la nécessité absolue de répondre.
—Je dis, sire, répondit Nelson en demeurant assis et continuant de tracer de sa main gauche, avec une plume, des hiéroglyphes sur un papier, je dis qu'il n'y a rien de pis au monde, quand une résolution est prise, que d'en changer.
—Le roi avait-il déjà pris une résolution? demanda Caracciolo.