Mais, fidèle à sa proclamation, Championnet n'avait répondu à toutes ces barbaries que par des actes d'humanité, qui contrastaient singulièrement avec les cruautés des soldats royaux.
Le général de Damas, seul, émigré français et qui avait cru, en cette qualité, devoir mettre son épée au service de Ferdinand,—le général de Damas, seul, avait, à la suite de cette terrible défaite de Civita-Castellana, soutenu l'honneur du drapeau blanc. Oublié par le général Mack, qui n'avait songé qu'à une chose, à sauver le roi,—oublié avec une colonne de sept mille hommes, il fit demander au général Championnet, qui venait, comme on le sait, de rentrer à Rome, la permission de traverser la ville et de rejoindre les débris de l'armée royale sur le Teverone,—débris qui, nous l'avons dit, étaient cinq fois plus nombreux encore que l'armée victorieuse.
A cette demande, Championnet fit venir un de ces jeunes officiers de distinction dont il faisait pépinière autour de lui.
C'était le chef d'état-major Bonami.
Il lui ordonna de prendre connaissance de l'état des choses et de lui faire son rapport.
Bonami monta à cheval et partit aussitôt.
Cette grande époque de la République est celle où chaque officier des armées françaises mériterait, au fur et à mesure qu'il passe sous les yeux du lecteur, une description qui rappelât celle que consacre, dans l'Iliade, Homère aux chefs grecs, et le Tasse, dans la Jérusalem délivrée, aux chefs croisés.
Nous nous contenterons de dire que Bonami était, comme Thiébaut, un de ces hommes de pensée et d'exécution à qui un général peut dire: «Voyez de vos yeux et agissez selon les circonstances.»
A la porte Solara, Bonami rencontra la cavalerie du général Rey, qui commençait à entrer dans la ville. Il mit le général Rey au courant de ce dont il était question, l'excitant, sans avoir le droit de lui en donner l'ordre, à pousser des reconnaissances sur la route d'Albano et de Frascati. Lui-même, à la tête d'un détachement de cavalerie, il traversa le Ponte-Molle, l'antique pont Milvius, et s'élança de toute la vitesse de son cheval dans la direction où il savait trouver le général de Damas, suivi de loin par le général Rey, avec son détachement, et par Macdonald, avec sa cavalerie légère.
Bonami s'était tellement hâté, qu'il avait laissé derrière lui les troupes de Macdonald et de Rey, auxquelles il fallait au moins une heure pour le rejoindre. Voulant leur en donner le temps, il se présenta comme parlementaire.