Il y avait peu de nuits où, tandis que saint Benoît, dans sa grotte, lisait les Pères de l'Église, le diable n'entrât, soit par la porte, soit par la fenêtre et, de mille façons différentes, n'essayât de tenter le bienheureux.
Saint Benoît prépara un pacte ainsi conçu:
«Au nom du Seigneur tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, et de Jésus-Christ, son fils unique:
»Moi, Satan, archange maudit pour ma rébellion, m'engage à aider de tout mon pouvoir son serviteur saint Benoît à bâtir le monastère qu'il veut élever au sommet du mont Cassinum, en y transportant les pierres, les colonnes, les poutres et en somme tous les matériaux nécessaires à la fabrique dudit couvent—obéissant exactement et sans ruse à tous les ordres que me donnera Benoît.
»Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il!»
Il posa le papier plié sur la table, avec la plume et l'encrier qui lui avaient servi.
Le même soir, il fit ses apprêts et attendit tranquillement.
Ces apprêts consistaient à mettre au feu l'extrémité des pincettes bénites, et à faire rougir cette extrémité, c'est-à-dire les pinces.
Mais on eût dit que Satan se doutait de quelque piège: il se fit attendre trois jours ou plutôt trois nuits.
La quatrième nuit, il vint enfin, profitant d'une tempête qui menaçait de mettre la création tout entière sens dessus dessous.