Malgré le fracas de la foudre, malgré la lueur des éclairs, saint Benoît faisait semblant de dormir; mais il dormait au coin de son feu, d'un oeil seulement, et tenant les pincettes à portée de sa main.
Le saint simulait si bien le sommeil, que Satan s'y laissa prendre. Il s'avança sur la pointe des griffes et allongea le cou par-dessus l'épaule du saint.
C'était ce que demandait saint Benoît: il saisit les pincettes et lui prit adroitement le nez.
Si Satan eût eu affaire à des pincettes ordinaires, si rouges qu'elles eussent été, il en aurait ri, le feu étant son élément; mais c'étaient des pincettes forgées, on se le rappelle, sous l'invocation de la croix et trempées dans l'eau bénite.
Satan, se sentant pris, commença de sauter à droite et à gauche, et à souffler le feu enflammé au visage de saint Benoît, à le menacer et à allonger les ongles de son côté. Mais saint Benoît était garanti par la longueur des pincettes, et plus Satan bondissait, plus il crachait feu et flammes, plus il menaçait saint Benoît, plus celui-ci serrait les pincettes d'une main et faisait le signe de la croix de l'autre.
Satan vit qu'il avait affaire à plus fort que lui, que Dieu était l'allié du saint, et il demanda à capituler.
—Soit, dit saint Benoît, je ne demande pas mieux. Lis le parchemin qui est sur la table et signe-le.
—Comment veux-tu, demanda Satan, que je lise avec une paire de pincettes entre les deux yeux?
Lis d'un oeil.
Il fallut faire ce qu'exigeait le saint anachorète, et, en louchant horriblement, Satan lut le parchemin.