Il mit pied à terre, attacha son cheval à un anneau de fer, le couvrit de son manteau avec ce soin presque fraternel que le cavalier a pour sa monture, lui recommanda le calme et la patience comme il eût fait à une personne raisonnable, franchit le seuil, s'engagea dans le cloître, suivit un long corridor, et, guidé par une lumière et des chants lointains, il parvint jusqu'à l'église.
Là, un spectacle lugubre l'attendait.
Au milieu du choeur, une bière, couverte d'un drap blanc et noir, était posée sur une estrade; autour du choeur, dans les stalles, les moines priaient; des milliers de cierges brûlaient sur l'autel et autour du cénotaphe; et, de temps en temps, la cloche, lentement ébranlée, jetait dans l'air sa plainte douloureuse et vibrante.
C'était la mort qui était entrée au couvent et qui, en entrant, avait laissé la porte ouverte.
Le jeune officier arriva jusqu'au choeur sans que le retentissement de ses éperons eût fait tourner une seule tête. Il interrogea des yeux tous ces visages les uns après les autres, et avec une angoisse croissante; car, parmi ceux qui priaient autour du cercueil, il ne reconnaissait point celui qu'il venait chercher. Enfin, la sueur au front, le tremblement dans la voix, il s'approcha de l'un de ces moines qui, pareils aux sénateurs romains, immobiles sur leurs chaises curules, semblaient avoir, en esprit du moins, quitté la terre pour suivre le trépassé dans le monde inconnu, et lui demanda, en lui touchant l'épaule du doigt:
—Mon père, qui est mort?
—Notre saint abbé, répondit le moine.
Le jeune homme respira.
Puis, comme s'il eût eu besoin de quelques minutes pour vaincre cette émotion qu'il savait si bien étouffer dans sa poitrine, qu'elle ne transparaissait jamais sur son visage, après un instant de silence pendant lequel ses yeux reconnaissants se levèrent au ciel:
—Frère Joseph, demanda-t-il, serait-il absent ou malade, que je ne le vois point avec vous?