Dans le port militaire, la mer, emprisonnée entre la jetée du môle et celle du port marchand, était assez calme; mais on sentait le vent souffler avec violence, et l'on entendait le bruit des flots venant furieusement se briser contre le rivage.

En arrivant sur l'espèce de quai qui longe les murailles du château, le comte de Thurn jeta un regard rapide et interrogateur sur le ciel. Le ciel était chargé de nuages lourds, bas, rapides; on eût dit une mer aérienne roulant au-dessus de la mer terrestre et s'abaissant pour venir mêler ses vagues aux siennes. Dans cet étroit intervalle existant entre les nuages et l'eau, passaient des bouffées de ce terrible vent du sud-ouest qui fait les naufrages et les désastres, dont le golfe de Naples est si souvent témoin dans les mauvais jours de l'année.

Le roi remarqua le coup d'oeil inquiet du comte de Thurn.

—Si le temps était trop mauvais, lui dit-il, il ne faudrait pourtant pas nous embarquer cette nuit.

—C'est l'ordre de milord, répondit le comte; cependant, si Sa Majesté s'y refuse absolument...

—C'est l'ordre! c'est l'ordre! répéta le roi, impatient; mais s'il y a péril de vie cependant! Voyons, répondez-vous de nous, comte?

—Je ferai tout ce qui sera au pouvoir d'un homme luttant contre le vent et la mer pour vous conduire à bord du Van-Guard.

—Mordieu! ce n'est pas répondre, cela. Vous embarqueriez-vous par une pareille nuit?

—Votre Majesté le voit, puisque je n'attends qu'elle pour la conduire à bord du vaisseau amiral.

—Je dis: si vous étiez à ma place.