—Asseyez-vous donc, asseyez-vous donc, dit-il; quand vous aurez mal soupé, les affaires n'en iront pas mieux.

Se versant alors un plein verre de vin de Bordeaux, et passant la bouteille à d'Ascoli:

—A la santé de Championnet! dit le roi. A la bonne heure! en voilà un homme de parole; il avait promis aux républicains d'être à Rome avant le vingtième jour, et il y sera revenu le dix-septième. C'est lui qui mériterait de boire cet excellent bordeaux, et moi qui mérite de boire de l'asprino.

—Comment, monsieur! que dites-vous? s'écria la reine. Championnet est à Rome?

—Aussi vrai que je suis à Caserte. Seulement il n'y est peut-être pas mieux reçu que je ne le suis ici.

—Si vous n'êtes pas mieux reçu, sire, si l'on ne vous a pas fait l'accueil auquel vous avez droit, vous ne devez l'attribuer qu'à l'étonnement que nous a causé votre présence, au moment où nous nous attendions si peu au bonheur de vous revoir. Il y a à peine trois heures que j'ai reçu une lettre de vous qui m'annonçait un courrier, lequel devait m'apporter des nouvelles de la bataille.

—Eh bien, madame, reprit le roi, le courrier, c'est moi; les nouvelles, les voici: nous avons été battus à plate couture. Que dites-vous de cela, milord Nelson, vous, le vainqueur des vainqueurs?

—Une demi-heure avant que Votre Majesté arrivât, j'exprimais mes craintes sur une défaite.

—Et personne de nous ne voulait y croire, sire, ajouta la reine.

—Il en est ainsi de la moitié des prophéties, et cependant milord Nelson n'est point prophète dans son pays. En tout cas, c'était lui qui avait raison et les autres qui avaient tort.