—Vous le voyez, madame, vous aussi, vous êtes de cet avis... Eh bien, comme nous sommes partis tels que nous étions et sans avoir le temps de nous déguiser, à Albano, j'ai dit à d'Ascoli: «Donne-moi ton habit et prends le mien, afin que, si ces gueux de jacobins nous prennent, ils croient que tu es le roi et me laissent fuir; puis, quand je serai en sûreté, tu leur expliqueras que ce n'est pas toi qui es le roi.» Mais une chose à laquelle n'avait pas pensé le pauvre d'Ascoli, ajouta le roi en éclatant de rire, c'est que, si nous eussions été pris, ils ne lui auraient pas donné le temps de s'expliquer, et qu'ils auraient commencé par le pendre, quitte à écouter ses explications après.
—Si fait, sire, j'y avais pensé, répondit simplement le duc, et c'est pour cela que j'ai accepté.
—Tu y avais pensé?
—Oui, sire.
—Et, malgré cela, tu as accepté?
—J'ai accepté, comme j'ai l'honneur de le dire à Votre Majesté, fit d'Ascoli en s'inclinant, à cause de cela.
Le roi se sentit de nouveau touché de ce dévouement si simple et si noble; d'Ascoli était celui de ses courtisans qui lui avait le moins demandé et pour lequel il n'avait jamais, par conséquent, pensé à rien faire.
—D'Ascoli, dit le roi, je te l'ai déjà dit et je te le répète, tu garderas cet habit, tel qu'il est, avec ses cordons et ses plaques, en souvenir du jour où tu t'es offert à sauver la vie à ton roi, et moi, je garderai le tien en souvenir de ce jour aussi. Si jamais tu avais une grâce à me demander ou un reproche à me faire, d'Ascoli, tu mettrais cet habit et tu viendrais à moi.
—Bravo! sire, s'écria de Cesare, voilà ce qui s'appelle récompenser!
—Eh bien, jeune homme, dit madame Adélaïde, oubliez-vous que vous avez l'honneur de parler à un roi?