«Et que, pour ne m'écarter en rien de ce que j'avais l'honneur de dire à Votre Majesté, j'en ai fait prendre copie par mon secrétaire; cette copie, je vous l'envoie afin que vous la compariez à l'original et que vous vous assuriez de visu qu'il ne pouvait y avoir, dans mes phrases, aucune ambiguïté qui vous induisit en pareille erreur...»
Le cardinal regarda le roi.
—Y comprenez-vous quelque chose? demanda Ferdinand.
—Pas plus que vous, sire; mais permettez que j'aille jusqu'au bout.
—Allez, allez! ah! nous sommes dans de beaux draps, mon cher cardinal!
«Et, comme j'avais l'honneur de le dire à Votre Majesté, continua Ruffo, je suis doublement heureux que la Providence ait béni ses armes; car, si au lieu d'être victorieuse, elle eût été battue, il m'eût été impossible, sans manquer aux engagements pris par moi envers les puissances confédérées, d'aller à son secours, et j'eusse été obligé, à mon grand regret, de l'abandonner à sa mauvaise fortune; ce qui eût été pour mon coeur un grand désespoir que, par bonheur, la Providence m'a épargné en lui accordant la victoire...»
—Oui, la victoire, dit le roi, elle est belle, la victoire!
«Et maintenant, recevez, mon cher frère et cousin, oncle et beau-père...»
—Et coetera, et coetera! interrompit le roi. Ah!... Et maintenant, mon cher cardinal, voyons la copie de la prétendue lettre, dont, par bonheur, j'ai conservé l'original.
Cette copie était effectivement incluse dans la lettre. Ruffo la tenait, il la lut. C'était bien celle de la dépêche qui avait été décachetée par la reine et Acton, et qui, leur ayant paru mal seconder leur désir, avait été remplacée par la lettre falsifiée que le roi tenait à la main, prêt à la comparer à la copie que lui envoyait François II.