Quand nous aurons remis sous les yeux de nos lecteurs cette copie de la véritable lettre,—comme nous croyons la chose nécessaire à la clarté de notre récit,—on jugera de l'étonnement où elle devait jeter le roi.
«Château de Schoenbrünn, 28 septembre 1798.
»Très-excellent frère, cousin et oncle, allié et confédéré.
»Je réponds à Votre Majesté de ma main, comme elle m'a écrit de la sienne.
»Mon avis, d'accord avec celui du conseil aulique, est que nous ne devons commencer la guerre contre la France que quand nous aurons réuni toutes nos chances de succès; et une des chances sur lesquelles il m'est permis de compter, c'est la coopération des 40,000 hommes de troupes russes conduites par le feld-maréchal Souvorov, à qui je compte donner le commandement en chef de nos armées; or, ces 40,000 hommes ne seront ici qu'à la fin de mars. Temporisez donc, mon très-excellent frère, cousin et oncle; retardez par tous les moyens possibles l'ouverture des hostilités; je ne crois pas que la France soit plus que nous désireuse de faire la guerre; profitez de ses dispositions pacifiques; donnez quelque raison, bonne ou mauvaise, de ce qui s'est passé; et, au mois d'avril, nous entrerons en campagne avec tous nos moyens.
»Sur ce, et la présente n'étant à autre fin, je prie, mon très-cher frère, cousin et oncle, allié et confédéré, que Dieu vous ait en sa sainte et digne garde.
»FRANÇOIS.»
—Et, maintenant que vous venez de lire la prétendue copie, dit le roi, lisez l'original, et vous verrez s'il ne dit pas tout le contraire.
Et il passa au cardinal la lettre falsifiée par Acton et par la reine, lettre qu'il lut tout haut, comme il avait fait de la première.
Comme la première, elle doit être mise sous les yeux de nos lecteurs, qui se souviennent peut-être du sens, mais qui, à coup sur, ont oublié le texte: