Le cardinal s'inclina.
—Et maintenant, qu'y a-t-il à faire, à votre avis? demanda le roi.
—Laissez-moi le reste de la nuit pour y penser, répliqua le cardinal, et, demain, nous en reparlerons.
—Mon cher Ruffo, dit le roi, n'oubliez pas que, si je ne vous fais pas premier ministre, c'est que je ne suis pas le maître.
—J'en suis si bien convaincu, sire, que, tout en ne l'étant pas, j'en ai la même reconnaissance à Votre Majesté que si je l'étais.
Et, saluant le roi avec son respect accoutumé, le cardinal sortit, laissant Sa Majesté pénétrée d'admiration pour lui.
LX
OÙ VANNI TOUCHE ENFIN AU BUT QU'IL
AMBITIONNAIT DEPUIS SI LONGTEMPS.
On se rappelle la recommandation qu'avait faite le roi Ferdinand dans une de ses lettres à la reine. Cette recommandation disait de ne point laisser languir en prison Nicolino Caracciolo et de presser le marquis Vanni, procureur fiscal, d'instruire le plus promptement possible son procès. Nos lecteurs ne se sont point trompés, nous l'espérons, à l'intention de la recommandation susdite, et ne lui ont rien reconnu de philanthropique. Non! le roi avait, comme la reine, ses motifs de haine à lui: il se rappelait que l'élégant Nicolino Caracciolo, descendu du Pausilippe pour fêter, dans le golfe de Naples, Latouche-Tréville et ses marins, avait été un des premiers à offusquer ses yeux en abandonnant la poudre, en immolant sa queue aux idées nouvelles et en laissant pousser ses favoris, et qu'il avait enfin, un des premiers toujours à marcher dans la mauvaise voie, substitué insolemment le pantalon à la culotte courte.
En outre, Nicolino, on le sait, était frère du beau duc de Rocca-Romana, qui, à tort ou à raison, avait passé pour être l'objet d'un de ces nombreux et rapides caprices de la reine, non enregistrés par l'histoire, qui dédaigne ces sortes de détails, mais constatés par la chronique scandaleuse des cours qui en vit; or, le roi ne pouvait se venger du duc de Rocca-Romana, qui n'avait pas changé un bouton à son costume, ne s'était rien coupé, ne s'était rien laissé pousser, et, par conséquent, était resté dans les plus strictes règles de l'étiquette; il n'était donc pas fâché,—un mari si débonnaire qu'il soit ayant toujours quelque rancune contre les amants de sa femme,—il n'était donc pas fâché, n'ayant point de prétexte plausible pour se venger du frère aîné, d'en rencontrer un pour se venger du frère cadet. D'ailleurs, comme titre personnel à l'antipathie du roi, Nicolino Caracciolo était entaché du péché originel d'avoir une Française pour mère, et, de plus, étant déjà à moitié Français de naissance, d'être encore tout à fait Français d'opinion.