—Bon! dit Emma, ne vaut-il pas mieux que cela soit ainsi, et ne voyez-vous pas que c'est un miracle de la Providence, que d'avoir fait tout à la fois de vous un roi et une reine! Mieux vaut être Sémiramis qu'Artémise, Élisabeth que Marie de Médicis.

—Oh! s'écria la reine sans écouter Emma, si j'étais homme, si je portais une épée!

—Elle ne vaudrait jamais mieux que celle-là, dit Emma en jouant avec celle de Nelson, et, du moment que celle-là vous protège, il n'est pas besoin d'une autre. Dieu merci!

Nelson posa sa main sur la tête d'Emma et la regarda avec l'expression d'un amour infini.

—Hélas! chère Emma, lui dit-il, Dieu sait que les paroles que je vais prononcer me brisent le coeur en s'en échappant; mais croyez-vous que j'eusse soupiré tout à l'heure en vous voyant à l'heure où je m'y attendais le moins, si je n'avais pas, moi aussi, mes terreurs?

—Vous? demanda Emma.

—Oh! je devine ce qu'il veut dire, s'écria la reine en portant son mouchoir à ses yeux; oh! je pleure, oui, c'est vrai, mais ce sont des larmes de rage...

—Oui; mais, moi, je ne devine pas, dit Emma, et ce que je ne devine pas, il faut qu'on me l'explique. Nelson, qu'entendez-vous par vos terreurs? Parlez, je le veux!

Et, lui jetant un bras autour du cou et se soulevant gracieusement à l'aide de ce bras, elle baisa son front mutilé.

—Emma, lui dit Nelson, croyez bien que, si ce front qui rayonne d'orgueil sous vos lèvres, ne rayonne pas en même temps de joie, c'est que j'entrevois dans un prochain avenir une grande douleur.