—Alors, je vous dirai comme Agamemnon à Achille:
Pourquoi le demander, puisque vous le savez?
—Faisiez-vous partie de la réunion de conspirateurs qui était assemblée, du 22 au 23 septembre, dans les ruines du palais de la reine Jeanne?
—Je ne connais pas de palais de la reine Jeanne à Naples.
—Vous ne connaissez pas les ruines du palais de la reine Jeanne au Pausilippe, presque en face de la maison que vous habitez?
—Pardon, monsieur le marquis. Qu'un homme du peuple, un cocher de fiacre, un cicerone, voire même un ministre de l'instruction publique,—Dieu sait où l'on prend les ministres dans notre époque!—fasse une pareille erreur, cela se comprend; mais vous, un archéologue, vous tromper en architecture de deux siècles et demi, et en histoire de cinq cents ans, je ne vous pardonne pas cela! Vous voulez dire les ruines du palais d'Anna Caraffa, femme du duc de Medina, le favori de Philippe IV, qui n'est pas morte étouffée comme Jeanne Ire, ni empoisonnée comme Jeanne II...—remarquez que je n'affirme pas le fait, le fait étant resté douteux,—mais mangée aux poux comme Sylla et comme Philippe H.... Cela n'est pas permis, monsieur Vanni, et, si la chose se répandait, on vous prendrait pour un vrai marquis!
—Eh bien, dans les ruines du palais d'Anna Caraffa, si vous l'aimez mieux.
—Oui, je l'aime mieux; j'aime toujours mieux la vérité; je suis de l'école du philosophe de Genève, et j'ai pour devise: Vitam impendere vero. Bon! si je parle latin, voilà qu'on va me prendre pour un faux duc!
—Étiez-vous dans les ruines du palais d'Anna Caraffa pendant la nuit du 22 au 23 septembre? Répondez oui ou non! insista Vanni furieux.
—Et que diable eussé-je été y chercher? Vous ne vous rappelez donc pas le temps qu'il faisait pendant la nuit du 22 au 23 septembre?