En effet, Vanni comprenait qu'il y avait pour lui une jouissance amère et une sombre vengeance dans l'énumération à laquelle il allait se livrer, puisqu'il faisait précéder la torture physique d'une torture morale pire que la première peut-être.
—Ah! fit Nicolino en riant, je savais bien que l'on obtenait tout de vous par le raisonnement, et, d'abord, voyons, monsieur le procureur fiscal, commençons par cette corde pendue au plafond et glissant sur une poulie.
—C'est, en effet, par là que l'on commence.
—Voyez ce que c'est que le hasard! Nous disions donc que cette corde...?
—C'est ce que l'on appelle l'estrapade, mon jeune ami.
Nicolino salua.
—On lie le patient les mains derrière le dos, on lui met aux pieds des poids plus ou moins lourds, on le soulève par cette corde jusqu'au plafond, puis on le laisse retomber par secousses jusqu'à un pied de terre.
—Ce doit être un moyen infaillible de faire grandir les gens... Et, continua Nicolino, cette espèce de casque pendu à la muraille, comment cela s'appelle-t-il?
—C'est la cuffia del silenzio, très-bien nommée ainsi, attendu que plus on souffre, moins on peut crier. On met la tête du patient dans cette boîte de fer, et, à l'aide de cette vis que l'on tourne, la boîte se rétrécit; au troisième tour, les yeux sortent de leur orbite et la langue de la bouche.
—Qu'est-ce que ce doit être au sixième, mon Dieu! fit Nicolino avec sa même intonation railleuse. Et ce fauteuil en tôle avec des clous en fer et une espèce de réchaud dessous, a-t-il son utilité?