PREMIÈRE JOURNÉE.
A peine Championnet avait-il fait un quart de lieue sur la route de Maddalone à Aversa, qu'il vit venir un cavalier sur un cheval lancé à toute bride: c'était le prince de Maliterno, qui fuyait à son tour la colère des lazzaroni.
A peine ceux-ci avaient-ils vu la bannière tricolore flotter sur le château Saint-Elme, que les cris: «Aux armes!» avaient retenti par la ville et que, de Portici à Pouzzoles, tout ce qui était en état de porter un fusil, une pique, un bâton, un couteau, depuis l'enfant de quinze ans jusqu'au vieillard de soixante, s'était précipité vers la ville en criant ou plutôt en hurlant: «Mort aux Français!»
Cent mille hommes répondaient à l'appel frénétique des prêtres et des moines, qui, un drapeau blanc d'une main, un crucifix de l'autre, prêchaient à la porte des églises et sur les bornes des carrefours.
Ces prédications efficaces avaient poussé les lazzaroni au plus haut degré d'exaltation contre les Français et les jacobins. Tout homicide commis sur un jacobin ou sur un Français était une action méritoire, tout lazzarone tué serait un martyr.
Depuis cinq ou six jours, cette population à moitié sauvage, si facile à conduire à la férocité quand on la laisse s'enivrer de sang, de pillage et d'incendie, en était arrivée à cette folie furieuse dans laquelle, devenu un instrument de destruction, l'homme, qui ne songe plus qu'à tuer, oublie jusqu'à l'instinct de sa propre conservation.
Mais, lorsque les lazzaroni apprirent que les Français s'avançaient à la fois par Capodichino et Poggioreale, qu'on apercevait la tête des deux colonnes, tandis qu'un nuage de poussière annonçait qu'une troisième tournait la ville, et, par les marais et la via del Pascone, s'avançait vers le pont de la Madeleine, il sembla qu'une secousse électrique poussait, comme un tourbillon, cette foule sur les points menacés.
La colonne française qui suivait le chemin d'Aversa était commandée par le général Dufresse, qui remplaçait Macdonald, lequel, à la suite d'une discussion qu'il avait eue à Capoue avec Championnet, avait donné sa démission, et, pareil à un cheval encore blanc d'écume, écoutait en frissonnant tous ces bruits de trompette et de tambour, forcé qu'il était au repos.
Le général Dufresse avait sous ses ordres Hector Caraffa, qui, Coriolan de la Liberté, venait, au nom de la grande déesse, faire la guerre au despotisme.
La colonne qui s'avançait par Capodichino était commandée par Kellermann, ayant sous ses ordres le général Rusca, que celui qui écrit ces lignes a vu tomber, en 1814, au siége de Soissons, la tête emportée par un boulet de canon.