La colonne qui s'avançait par Poggioreale était sous le commandement du général en chef lui-même, lequel avait sous ses ordres les généraux Duhesme et Monnier.

Enfin, celle qui, par les marais et la via del Pascone, tournait la ville, marchait conduite par le général Mathieu Maurice et le chef de brigade Broussier.

La colonne la plus avancée dans sa marche, parce qu'elle suivait le plus beau chemin, était celle de Championnet. Elle appuyait sa droite à la route de Capodichino, que suivait, comme nous l'avons dit, Kellermann, et sa gauche aux marais, dans lesquels manoeuvrait Mathieu Maurice, mal remis d'une balle de Fra-Diavolo qui lui avait traversé le côté.

Duhesme, encore pâle de ses deux blessures, mais chez lequel l'ardeur militaire suppléait au sang perdu, commandait l'avant-garde de Championnet. Il avait l'ordre d'enlever de haute lutte tout ce qu'il rencontrerait sur son chemin. Duhesme était l'homme de ces coups de main vigoureux qui veulent, avant tout, la décision et le courage.

A un quart de lieue en avant de la porte de Capoue, il rencontra une masse de cinq ou six mille lazzaroni; elle traînait avec elle une batterie de canons servie par les soldats du général Naselli, qui s'étaient joints à eux.

Duhesme lança Monnier et six cents hommes sur cette foule, avec ordre de la percer d'outre en outre à la baïonnette, et de s'emparer des pièces de canon établies sur une petite hauteur et qui mitraillaient la colonne française par-dessus la tête des lazzaroni.

Contre des troupes régulières, un pareil ordre eût été insensé; l'ennemi que l'on eût attaque ainsi n'eût eu qu'à s'ouvrir et à faire feu des deux côtés pour détruire en un instant ses six cents agresseurs. Mais Duhesme ne fit point aux lazzaroni l'honneur de compter avec eux. Monnier partit la baïonnette en avant, et, sans s'inquiéter des coups de fusil, des coups de pistolet et des coups de poignard, il pénétra au milieu de ce flot, y disparut, lardant à coups de baïonnette tout ce qui était à sa portée, le traversa comme un torrent traverse un lac, au milieu des cris, des hurlements et des imprécations, tandis que Duhesme, impassible à la tête de ses hommes et sous le feu de la batterie, gravissait, toujours au pas de charge et la baïonnette en avant, la colline occupée par l'ennemi, tuait sur leurs pièces tous les artilleurs qui tentaient de résister, abaissait le point de mire des pièces et faisait feu sur les lazzaroni avec leurs propres canons.

En même temps, profitant du désordre que cette décharge avait jeté au milieu de cette foule, Duhesme fit battre la charge et marcha sur elle à la baïonnette.

Incapables de se former en colonnes d'attaque pour reprendre la batterie, ou en carrés pour soutenir l'assaut de Duhesme, les lazzaroni s'éparpillèrent dans la plaine, comme une bande d'oiseaux effarouchés.

Sans s'inquiéter davantage de ces six ou huit mille hommes, Duhesme, traînant avec lui les canons qu'il venait de conquérir, marcha sur la porte Capuana.