Alors, les braves de Duhesme, suffisamment reposés, comprirent la manoeuvre ordonnée par Thiébaut, et, en s'élançant dans les maisons au fur et à mesure qu'elles étaient éventrées par les sapeurs, ils attaquèrent les lazzaroni corps à corps, les poursuivant à travers les escaliers, du rez-de-chaussée au premier étage, du premier étage au second, du second étage sur les terrasses. On vit alors déborder, dans un combat aérien, lazzaroni et républicains. Les terrasses se couvrirent de feu et de fumée, tandis que les fugitifs qui n'avaient pas le temps de gagner les terrasses, croyant, d'après ce que leur avaient dit leurs prêtres et leurs moines, qu'ils n'avaient point de grâce à attendre des Français, sautaient par les fenêtres, se brisaient les jambes sur le pavé, ou tombaient sur la pointe des baïonnettes.

Toutes les maisons du faubourg furent ainsi prises et évacuées; puis, comme la nuit était venue, qu'il était trop tard pour attaquer la porte Capuana, et que l'on craignait quelque surprise, les sapeurs reçurent l'ordre d'incendier les maisons, et le corps de Championnet prit position devant la porte, qu'il devait attaquer le lendemain, et dont il fut bientôt séparé par un double rideau de flammes.

Championnet arriva sur ces entrefaites, embrassa Duhesme, et, pour récompenser Thiébaut de ses belles actions oubliées et du magnifique mouvement offensif qu'il venait d'accomplir:

--En face de la porte Capuana, que tu prendras demain, lui dit-il, je te nomme adjudant général.

--Eh bien, dit Duhesme, enchanté de cette récompense accordée à un brave officier pour lequel il avait la plus grande estime, voilà ce qui s'appelle arriver à un beau grade et par une belle porte!

XC

LA NUIT.

Sur les trois points où les Français ont attaqué Naples, on s'est battu avec le même acharnement. De toutes partes, les aides de camp arrivent au quartier général de la porte Capuana, et trouvent le bivac du général entre la via del Vasto et l'Arenaccia, derrière la double ligne de maisons qui brûlent.

Le général Dufresse, entre Aversa et Naples, a trouvé, sur un point où le chemin se rétrécit, un corps de dix ou douze mille lazzaroni avec six pièces de canon. Les lazzaroni étaient au pied d'une colline, les canons au sommet. Les hussards de Dufresse ont fait cinq charges sur eux sans parvenir à les entamer. Ils étaient si nombreux et si pressés, que les morts restaient debout, soutenus par les vivants.

Il a fallu les grenadiers chargeant à la baïonnette pour faire une trouée. Quatre pièces d'artillerie volante, dirigées par le général Éblé, ont, pendant trois heures, criblé de mitraille les lazzaroni; ils se sont réfugiés sur les hauteurs de Capodimonte, où Dufresse les attaquera demain.