Vers la fin du combat, un corps de patriotes, conduit par Schipani et Manthonnet, est venu se jeter dans les rangs du général Dufresse. Ils annoncent que Nicolino s'est emparé du fort Saint-Elme; mais il n'a que trente hommes et est bloqué par des milliers de lazzaroni, qui amassent des fascines pour mettre le feu aux portes, et qui apportent des échelles pour monter aux murailles. Ils se sont emparés du couvent de San-Martino, situé aux pieds des remparts du fort, ou plutôt les moines les ont appelés et leur ont ouvert les portes; des terrasses du couvent, ils font feu sur les murailles. Si Nicolino n'est pas secouru dans la nuit, le fort Saint-Elme sera incontestablement pris au point du jour.

Trois cents hommes, conduits par Hector Caraffa et les patriotes, s'ouvriront, pendant la nuit, un chemin jusqu'aux portes du fort Saint-Elme; deux cents renforceront la garnison, cent enlèveront aux lazzaroni le couvent de San-Martino.

Kellermann, après un combat acharné, s'est emparé des hauteurs de Capodichino; mais il n'a pas pu dépasser le Campo-Santo. Il lui à fallu enlever les unes après les autres à la baïonnette les masseries, les églises, les villas, qui toutes ont fait une résistance héroïque. La cavalerie, qui constitue sa principale force, lui a été inutile au milieu de cette multitude de collines qui bossellent le terrain. De son bivac, il voit s'étendre devant lui la longue rue de Foria, encombrée de lazzaroni; l'immense bâtiment de l'hospice des Pauvres les protége. On voit une lumière à chacune de ses fenêtres; le lendemain, toutes ces fenêtres cracheront des balles.

A la strada San-Giovanella, il y a une batterie de canons; au largo delle Pigne, un bivac en grande partie composé de soldats de l'armée royale. Deux pièces de canon défendent la montée du musée Borbonico, qui donne sur la grande rue de Tolède.

A l'aide de sa lunette, Kellermann voit les chefs qui parcourent les rues à cheval en encourageant leurs hommes. L'un de ces chefs est vêtu en capucin et monté sur un âne.

Mathieu Maurice et le chef de brigade Broussier se sont emparés des marais. Seulement, coupés par un réseau de fossés, ces marais ont dû être conquis avec des pertes considérables, les lazzaroni étant protégés par les mouvements du terrain, et les républicains attaquant à découvert. Ils sont arrivés jusqu'aux Granili, qu'on n'avait point songé à garder; ils ont coupé la route de Portici. Broussier est campé sur la plage de la Marinella; Mathieu Maurice, qui a été légèrement blessé au bras gauche, est au moulin de l'Inferno. Le lendemain, ils seront prêts à attaquer le pont de la Madeleine, tout resplendissant des cierges qui brûlent devant la statue de saint Janvier.

Des fenêtres des Granili, on distingue tout Naples, depuis la plage de la Marinella jusqu'à la hauteur du môle: la ville regorge de lazzaroni qui se préparent à la défense.

Championnet écoutait ce dernier rapport, lorsque tout à coup de grands cris s'élèvent derrière lui, et une fusillade éclate sur un immense cercle, dont une des extrémités touche à la route de Capoue et l'autre à l'Arenaccia. Les balles font voler les cendres du feu auquel se chauffe le général en chef.

En un instant, Championnet et Duhesme, Monnier et Thiébaut sont sur pied. Les trois mille hommes qui composent le corps d'armée du général en chef se forment en carré et font feu sur les assaillants, qu'ils ne connaissent pas encore.

Ce sont les insurgés de tous les villages que les Français ont traversés dans la journée qui se sont réunis et qui attaquent à leur tour; ils ont profité de l'obscurité et ont fait leur première décharge presque à bout portant.