C'était Kellermann qui, à son tour, faisait sa jonction avec les corps de Dufresse et de Championnet.
En un instant, le largo delle Pigne fut balayé, et les trois généraux purent s'y donner la main.
Les lazzaroni battaient en retraite par la strada Santa-Maria in Costantinopoli et la salita dei Studi. Mais, pour traverser le largo San-Spirito et le Mercatello, ils étaient forcés de passer sous le feu du château Saint-Elme, qui, malgré la célérité de leur passage, eut le temps d'envoyer dans leurs rangs cinq ou six messagers de mort.
Pendant que s'opérait la retraite des lazzaroni, on amenait à Championnet un de leurs chefs qu'on avait pris après une résistance désespérée. Couvert de sang, les habits déchirés, la figure menaçante, la voix railleuse, il était le vrai type du Napolitain porté au plus haut degré de l'exaltation.
Championnet haussa les épaules, et, lui tournant le dos:
--C'est bien, dit-il. Qu'on me fusille ce gaillard-là pour l'exemple.
--Bon! dit le lazzarone, il paraît que décidément Nanno s'est trompée. Je devais être colonel et mourir pendu: je ne suis que capitaine et je vais mourir fusillé. Cela me console pour ma petite soeur.
Championnet entendit et comprit ces paroles. Il fut sur le point d'interroger le condamné; mais, comme en ce moment il voyait un cavalier accourir à toute bride, et que, dans ce cavalier, il reconnaissait Salvato, son attention tout entière se porta du côté du nouvel arrivant.
On entraîna le lazzarone, on l'appuya contre les fondations du musée Bourbonien, et l'on voulut lui bander les yeux.
Mais lui, alors, se révolta.