--Le général a dit qu'on me fusille, cria-t-il; mais il n'a pas dit qu'on me bande les yeux.

Salvato tressaillit à cette voix, se retourna et reconnut Michele; Michele, lui aussi, reconnut le jeune officier.

--Sangue di Cristo! cria le lazzarone, dites-leur donc, monsieur Salvato, que l'on n'a pas besoin de me bander les yeux pour me fusiller.

Et, repoussant ceux qui l'entouraient, il croisa les bras et s'appuya de lui-même à la muraille.

--Michele! s'écria Salvato.--Général, cet homme m'a sauvé la vie, je vous prie de m'accorder la sienne.

Et, sans attendre la réponse du général, bien sûr d'avoir obtenu ce qu'il demandait, Salvato sauta à bas de son cheval, écarta le cercle de soldats qui déjà apprêtaient leurs armes pour fusiller Michele, et se jeta dans les bras du lazzarone, qu'il embrassa en le serrant contre son coeur.

Championnet vit à l'instant tout le parti qu'il pouvait tirer de cet événement. Faire justice est d'un grand exemple, mais faire grâce est parfois d'un grand calcul.

Il fit aussitôt un signe à Salvato, qui lui amena Michele. Un immense cercle se forma autour des deux jeunes gens et du général.

Ce cercle se composait de Français vainqueurs, de Napolitains prisonniers, de patriotes accourus, soit pour féliciter Championnet, soit pour se mettre sous sa protection.

Championnet, qui dominait ce cercle de toute la hauteur de son buste, leva la main en signe qu'il voulait parler, et le silence se fit.