Ces événements politiques avaient pris pour Luisa, qui, jusque-là, ne s'en était jamais préoccupée, une importance suprême. Si bien que fussent renseignés les familiers de la duchesse Fusco, il y avait toujours un point sur lequel Luisa était mieux renseignée qu'eux: c'était la marche des Français sur Naples. En effet, tous les trois ou quatre jours, elle savait précisément où étaient les républicains.
Elle avait reçu aussi deux lettres du chevalier. Dans la première, où il lui annonçait son arrivée à bon port à Palerme, il lui exprimait tout son regret de ce que l'état orageux de la mer l'eût empêchée de s'embarquer avec lui; mais il ne lui disait point de venir le rejoindre. La lettre était tendre, calme et paternelle, comme toujours. Il était probable que le chevalier n'avait point entendu ou n'avait pas voulu entendre le dernier cri de désespoir jeté par Luisa.
La seconde lettre contenait, sur la situation de la cour à Palerme, des détails que l'on trouvera dans la suite de notre récit. Mais, pas plus que la première, elle n'exprimait le désir de la voir quitter Naples. Au contraire, elle lui donnait des conseils sur la manière dont elle devait se conduire au milieu des crises politiques qui allaient agiter la capitale, et la prévenait que, par le même courrier, la maison Backer recevait avis de mettre à la disposition de la chevalière San-Felice les sommes dont elle pourrait avoir besoin.
Le même jour, la lettre du chevalier à la main, André Backer, que Luisa n'avait point revu depuis le jour de sa visite à Caserte, se présentait à la maison du Palmier.
Luisa le reçut avec la grâce sérieuse qui lui était habituelle, le remercia de son empressement, mais le prévint que, vivant très-retirée, elle avait décidé de ne recevoir aucune visite pendant l'absence de son mari. S'il arrivait qu'elle eût besoin d'argent, elle passerait elle-même à la banque, ou y enverrait Michele avec un reçu.
C'était un congé dans toutes les formes. André le comprit, et se retira en soupirant.
Luisa le reconduisit jusqu'au perron et dit à Giovannina, qui venait de fermer la porte derrière lui:
--Si jamais M. André Backer se représentait à la maison et demandait à me parler, souvenez-vous que je n'y suis pas.
On connaît la familiarité des serviteurs napolitains avec leurs maîtres.
--Ah! mon Dieu! répondit Giovannina, comment un si beau jeune homme a-t-il pu déplaire à madame?