--Il ne m'a point déplu, mademoiselle, répondit froidement Luisa; mais, en l'absence de mon mari, je ne recevrai personne.
Giovannina, toujours mordue au coeur par la jalousie, fut sur le point de répliquer: «Excepté M. Salvato;» mais elle se retint, et un sourire dubitatif fut sa seule réponse.
La dernière lettre que Luisa avait reçue de Salvato portait la date du 19 janvier: elle arriva le 20.
Toute la journée du 20 se passa pour Naples dans les angoisses, et pour Luisa ces angoisses furent plus grandes que pour tout autre. Elle savait par Michele les formidables préparatifs de défense qui s'exécutaient; elle savait par Salvato que le général en chef avait juré de prendre la ville à tout prix.
Salvato suppliait Luisa, si l'on bombardait Naples, de se mettre à l'abri des projectiles dans les caves les plus profondes de sa maison.
Ce danger était surtout à craindre si le château Saint-Elme ne tenait point la promesse qu'il avait faite et se déclarait contre les Français et les patriotes.
Le 21, au matin, une grande agitation se manifesta dans Naples. Le château Saint-Elme, on se le rappelle, avait arboré le drapeau tricolore; donc, il tenait sa promesse et se déclarait pour les patriotes et pour les Français.
Luisa en fut joyeuse, non point pour les patriotes, non point pour les Français: elle n'avait jamais eu aucune opinion politique; mais il lui sembla que cet appui donné aux Français et aux patriotes diminuait le danger que courait son amant, puisqu'il était patriote de coeur, Français d'adoption.
Le même jour, Michele vint lui faire visite. Michele, l'un des chefs du peuple, décidé à combattre jusqu'à la mort pour une cause qu'il ne comprenait pas très-bien, mais à laquelle il appartenait par le milieu dans lequel il était né et par te tourbillon qui l'entraînait,--- Michele, en cas d'accident, venait faire ses adieux à Luisa et lui recommander sa mère.
Luisa pleurait fort en prenant congé de son frère de lait; mais toutes ses larmes n'étaient pas pour le danger que courait Michele: une bonne moitié coulait sur les dangers qu'allait courir Salvato.