Arrivé au forum de Vulcano, les trois martyrs s'agenouillèrent, et saint Janvier dit à haute voix:
--Mon Dieu, par grâce, veuillez aujourd'hui m'accorder le martyre que vous m'avez déjà refusé deux fois! et puisse notre sang qui va couler calmer votre colère et être le dernier sang versé par les persécutions des tyrans contre notre sainte Église!
Se levant alors, il embrassa tendrement ses deux compagnon de martyre et fit signe au bourreau de commencer son oeuvre de sang.
Le bourreau trancha d'abord les deux têtes de Proculus et de Sosius, qui moururent en chantant les louanges du Seigneur; mais, comme il s'approchait de saint Janvier pour le décapiter à son tour, il fut pris d'un tremblement convulsif si violent, que l'épée lui tomba des mains et que la force lui manqua pour se courber et la ramasser.
Alors, saint Janvier se banda les yeux lui-même, et, se mettant dans la position la plus favorable à la terrible opération:
--Eh bien, demanda-t-il au bourreau, qu'attends-tu, mon frère?
--Je ne pourrai jamais relever cette épée si tu ne m'en donnes la permission, et je ne pourrai jamais te trancher la tête si je n'en reçois l'ordre de ta propre bouche.
--Non-seulement je te permets et te l'ordonne, frère, mais encore je t'en prie.
Aussitôt les forces revinrent au bourreau, qui frappa avec tant de vigueur, que la tête du saint et un de ses doigts furent tranchés du même coup.
Quant à la double prière que saint Janvier avait adressée à Dieu avant de mourir, elle fut sans doute agréée du Seigneur; car le bourreau, en lui tranchant la tête, le mit au rang des martyrs, et, la même année de la mort du saint, Constantin, qui fut depuis Constantin le Grand et qui assura le triomphe de la religion chrétienne, s'enfuit de Nicomédie, reçut à York le dernier soupir de Constance Chlore, son père, et fut proclamé empereur par les légions de la Grande-Bretagne, des Gaules et de l'Espagne. C'est donc de l'année même de la mort de saint Janvier que date le triomphe de l'Église.