--Un simple souvenir de vous, quel qu'il soit. Je le garderai jusqu'à la fin de mes jours, et cela me portera bonheur dans ce monde et dans l'autre.
--Mais, lui dit le bourreau, ne sais-tu pas que les condamnés n'ont rien à eux? Imbécile, qui demande l'aumône à un homme qui va mourir!
--Qui va mourir? répéta le vieillard en secouant la tête. La chose n'est pas bien sûre et ce n'est point la première fois qu'il vous échappe.
--Sois tranquille, répondit le bourreau; cette fois, il aura affaire à moi.
--Mon fils, dit saint Janvier, il ne me reste plus rien que le linge avec lequel on me bandera les yeux au moment de me décapiter; je te le laisserai après ma mort.
--Et si les soldats ne me permettent pas d'approcher de vous?
--Sois tranquille, je te le porterai moi-même.
--Merci, mon père.
--Adieu, mon fils.
L'aveugle s'éloigna: le cortége reprit sa marche.