«Napolitains[ 3]!
Note 3:[ (retour) ] Nous citons toutes ces pièces originales, qui ne se trouvent dans aucune histoire, et qui ont été tirées par nous des cachettes où elles étaient demeurées enfouies pendant soixante-quatre ans.
»Soyez libres et sachez user de votre liberté. La république française trouvera dans votre bonheur une large compensation de ses fatigues et de ses combats. S'il en est encore parmi vous qui restent partisans du gouvernement tombé, ils sont libres de quitter cette terre de liberté. Qu'ils fuient un pays où il n'y a plus que des citoyens, et, esclaves, retournent avec les esclaves. A partir de ce moment, l'armée française prend le nom d'armée napolitaine et s'engage, par un serment solennel, à maintenir vos droits et à prendre pour vous les armes toutes les fois que l'exigeront les intérêts de votre liberté. Les Français respecteront le culte, les droits sacrés de la propriété et des personnes. De nouveaux magistrats, nommés par vous, par une sage et paternelle administration, veilleront au repos et au bonheur des citoyens, feront évanouir les terreurs de l'ignorance, calmeront les fureurs du fanatisme, et vous montreront enfin autant d'affection que vous montrait de perfidie le gouvernement tombé.»
Avant de sortir de l'église, Championnet, en rendant Salvato à la liberté, constitua une garde d'honneur qui devait reconduire saint Janvier à l'archevêché et veiller sur lui, avec cette consigne: Respect à saint Janvier.
Dès le matin, et dans la prévision que saint Janvier aurait la complaisance de faire son miracle, complaisance dont ne doutait point Championnet, un gouvernement provisoire avait été arrêté et six comités avaient été nommés: le comité central,--le comité de l'intérieur,--le comité des finances,--le comité de la justice et de la police,--le comité de la législation.
Tous les membres des comités avaient été pris dans le gouvernement provisoire.
Cirillo et Manthonnet, nos conspirateurs des premiers chapitres, étaient membres du gouvernement provisoire, et Manthonnet, de plus, ministre de la guerre; Ettore Caraffa était nommé chef de la légion napolitaine; Schipani prendrait l'un des premiers commandements de l'armée lorsque l'armée serait réorganisée; Nicolino gardait son commandement du château Saint-Elme; Velasco n'avait rien voulu être, que volontaire.
De la cathédrale, Championnet se rendit à l'église Saint-Laurent. Cette église, pour les Napolitains, qui, depuis le XIIe siècle, ne se sont jamais gouvernés eux-mêmes, est une espèce de municipalité dans laquelle, aux jours de trouble ou de danger, se sont retirés pour délibérer les élus et les chefs du peuple. Le général était accompagné des membres du gouvernement provisoire, qui, ainsi que nous l'avons dit, étaient en même temps les membres du comité.
Là, au milieu d'une foule immense, Championnet prit la parole, et, en excellent italien:
«Citoyens, dit-il, vous gouvernerez provisoirement la république napolitaine; le gouvernement définitif sera nommé par le peuple, lorsque vous-mêmes, constituants et constitués, gouvernant avec les règles qui ont été le but de cette révolution, vous aurez abrégé le travail qu'exige la rédaction des nouvelles lois, et c'est dans cette espérance que je vous ai provisoirement remis la charge de législateurs et de gouvernants. Vous avez donc autorité sans limites, mais, en même temps, immense responsabilité. Pensez qu'entre vos mains est le bonheur public ou le malheur suprême de la patrie, votre gloire ou votre déshonneur. Je vous ai nommés; vos noms ne m'ont été présentés ni par la faveur ni par l'intrigue, mais recommandés de votre seule renommée: vous répondrez par vos oeuvres à la confiance qui voit en vous non-seulement des hommes de génie, mais encore de jeunes, chauds et sincères amants de la patrie.