Le prince de Maliterno marchait à leur tête.
En arrivant en présence du général français, tous, comme c'est l'habitude en pareil cas, commencèrent de parler à la fois, les uns priant, les autres menaçant, ceux-ci demandant humblement la paix, ceux-là jetant à la face des Français des défis de guerre.
Championnet écouta avec sa courtoisie et sa patience ordinaires pendant dix minutes; puis, comme il lui était impossible d'entendre un mot de ce qui se disait:
--Messieurs, dit-il en excellent italien, si l'un d'entre vous était assez bon pour prendre la parole au nom de tous, je ne doute pas que nous ne finissions par nous entendre, du moins par nous comprendre.
Puis, s'adressant à Maliterno, qu'il reconnaissait au coup de sabre qui lui partageait le front et la joue:
--Prince, lui dit-il, quand on sait se battre comme vous, on doit savoir défendre son pays avec la parole comme avec le sabre. Voulez-vous me faire l'honneur de me dire la cause qui vous amène? J'écoute, je vous le jure, avec le plus grand intérêt.
Cette élocution si pure, cette grâce si parfaite, étonnèrent les députés, qui se turent et qui, faisant un pas en arrière, laissèrent au prince de Maliterno le soin de défendre les intérêts de Naples.
N'ayant point, comme Tite-Live, la prétention de faire les discours des orateurs que nous mettons en scène, nous nous empressons de dire que nous ne changeons point une parole au texte du discours du prince de Maliterno.
--Général, dit-il, s'adressant à Championnet, depuis la fuite du roi et du vicaire général, le gouvernement du royaume est dans les mains du sénat de la ville. Nous pouvons donc faire, avec Votre Excellence, un durable et légitime traité.
Au titre d'excellence, donné au général républicain, Championnet avait souri et salué.