Puis les pillages et les exécutions commencèrent. Les gibets que Maliterno avait fait dresser pour pendre les voleurs et les assassins servirent à pendre les jacobins.
Un sbire bourbonien dénonça l'avocat Fasulo: les lazzaroni firent irruption chez lui. Il n'eut que le temps de se sauver avec son frère par les terrasses. On trouva chez eux une cassette pleine de cocardes françaises, et on allait égorger leur jeune soeur, lorsqu'elle s'abrita d'un grand crucifix qu'elle prit entre ses bras. La terreur religieuse arrêta les assassins, qui se contentèrent de piller la maison et d'y mettre le feu.
Maliterno revenait de Maddalone, lorsque, par bonheur, en dehors de la ville, il fut instruit de ce qui s'y passait, par les fugitifs qu'il rencontra.
Il expédia alors deux messagers, porteurs chacun d'un billet dont ils avaient pris connaissance. S'ils étaient arrêtés, ils devaient déchirer ou avaler les billets, et, comme ils les savaient par coeur, s'ils échappaient aux mains des lazzaroni, exécuter de même leur mission.
Un de ces billets était pour le duc de Rocca-Romana: Maliterno lui disait où il était caché, et, la nuit tombée, l'invitait à le venir rejoindre avec une vingtaine d'amis.
L'autre était pour l'archevêque: il lui enjoignait, sous peine de mort, à dix heures précises du soir, de mettre en branle toutes ses cloches, de réunir son chapitre, ainsi que tout le clergé de la cathédrale, et d'exposer le sang et la tête de saint Janvier.
Le reste, disait-il, le regardait.
Deux heures après, les deux messagers étaient arrivés sans accident à destination.
Vers sept heures du soir, Rocca-Romana vint seul; mais il annonçait que ses vingt amis étaient prêts et se trouveraient au rendez-vous qui leur serait indiqué.
Maliterno le renvoya immédiatement à Naples, le priant de se trouver, lui et ses amis, à minuit, sur la place du couvent de la Trinité, où il s'engageait à les rejoindre. Ils devaient réunir, en même temps qu'eux, le plus grand nombre possible de leurs serviteurs,--maîtres et serviteurs bien armés.