Le mot d'ordre était Patrie et Liberté. On ne devait s'occuper de rien. Maliterno répondait de tout.

Seulement, Rocca-Romana devait donner cet ordre et revenir aussitôt. En supposant l'absence de tous deux, on écrirait à Manthonnet, qui était prévenu de son côté.

A dix heures du soir, fidèle à l'ordre reçu, le cardinal-archevêque fit sonner toutes les cloches d'un même coup.

A ce bruit inattendu, à cette immense vibration qui semblait le vol d'une troupe d'oiseaux aux ailes de bronze, les lazzaroni, étonnés, s'arrêtèrent au milieu de leur oeuvre de destruction. Les uns, croyant que c'était un signal de joie, dirent que les Français avaient pris la fuite; les autres, au contraire, crurent que, les Français ayant attaqué la ville, on les appelait aux armes.

Dans l'un et l'autre cas, et quelle que fût sa croyance, chacun courut à la cathédrale.

On y trouva le cardinal revêtu de ses habits pontificaux, au milieu de son clergé, dans l'église illuminée d'un millier de cierges. La tête et le sang de saint Janvier étaient exposés sur l'autel.

On sait la dévotion que les Napolitains ont pour les saintes reliques du protecteur de leur ville. A la vue de ce sang et de cette tête, qui ont peut-être joué encore un plus grand rôle en politique qu'en religion, les plus ardents et les plus furieux commencèrent à s'apaiser, tombant à genoux, dans l'église, s'ils avaient pu y pénétrer, dehors, si la foule qui encombrait la cathédrale les avait forcés de demeurer dans la rue; et tous, dans l'église et au dehors, se mirent à prier.

Alors, la procession, le cardinal-archevêque en tête, s'apprêta pour sortir et pour parcourir la ville.

En ce moment, à la droite et à la gauche du prélat, parurent, comme représentants de la douleur populaire, le prince de Maliterno et le duc de Rocca-Romana, vêtus de deuil, pieds nus, les larmes aux yeux. Le peuple voyant tout à coup, en costumes de pénitents, implorant la colère de Dieu contre les Français, les deux plus grands seigneurs de Naples, accusés d'avoir trahi Naples en faveur de ces Français, on ne songea plus à les accuser de trahison, mais seulement à prier et à s'humilier avec eux. Le peuple, tout entier alors, suivit les saintes reliques portées par l'archevêque, fit en procession un grand tour dans la ville et revint à l'église, d'où il était parti.

Là, Maliterno monta en chaire et fit au peuple un discours dans lequel il lui dit que saint Janvier, protecteur céleste de la ville, ne permettrait certainement pas qu'elle tombât aux mains des Français; puis il invita chacun à rentrer chez soi, à se reposer, en dormant, des fatigues de la journée, afin que ceux qui voudraient combattre se trouvassent au point du jour les armes à la main.