Enfin l'archevêque donna sa bénédiction aux assistants, et chacun se retira en répétant les paroles qu'il avait prononcées:

«Nous n'avons que deux mains, comme les Français; mais saint Janvier est pour nous.»

L'église évacuée, les rues redevinrent solitaires. Alors, Maliterno et Rocca-Romana reprirent leurs armes, qu'ils avaient laissées dans la sacristie, et, se glissant dans l'ombre, se rendirent à la place de la Trinité, où leurs compagnons les attendaient.

Ils y trouvèrent Manthonnet, Velasco, Schipani et trente ou quarante patriotes.

La question était de s'emparer du château Saint-Elme, où, l'on se le rappelle, était prisonnier Nicolino Caracciolo. Rocca-Romana, inquiet sur le sort de son frère, et les autres sur celui de leur ami, avaient décidé de le délivrer. Un coup de main pour arriver à ce but était urgent. Après avoir échappé si heureusement à la torture de Vanni, Nicolino ne pouvait manquer d'être assassiné si les lazzaroni s'emparaient du château Saint-Elme, le seul que, dans sa position imprenable, ils se fussent abstenus d'attaquer.

A cet effet, Maliterno, pendant ses vingt-quatre heures de dictature, n'osant ouvrir les portes à Nicolino, de peur que les lazzaroni ne l'accusassent de trahison, avait mêlé à la garnison trois ou quatre hommes faisant partie de sa domesticité. Par un de ces hommes, il avait eu le mot d'ordre du château Saint-Elme pour la nuit du 20 au 21 janvier. Le mot d'ordre était Parthénope et Pausilippe.

Or, voici ce que comptait faire Maliterno: simuler une patrouille venant de la ville apporter des ordres au commandant du fort; ensuite, faire irruption dans la citadelle et s'en emparer.

Par malheur, Maliterno, Rocca-Romana, Manthonnet, Velasco et Schipani étaient trop connus pour prendre le commandement de la petite troupe. Ils durent le céder à un homme du peuple, enrôlé dans leur parti. Mais celui-ci, peu familier avec les usages de la guerre, au lieu de donner le mot Parthénope pour mot d'ordre, croyant que c'était la même chose, donna celui de Napoli. La sentinelle reconnut la fraude et appela aux armes. La petite troupe fut alors accueillie par une vive fusillade et trois coups de canon qui, par bonheur, ne firent aucun mal aux assaillants.

Cet échec avait une double gravité: d'abord de ne point délivrer Nicolino Caracciolo, et ensuite de ne pas donner à Championnet le signal qui lui avait été promis par les républicains.

Et, en effet, Championnet avait promis aux républicains d'être en vue de Naples, le 21 janvier dans la journée, et les républicains, de leur côté, lui avaient promis qu'il verrait, en signe d'alliance, flotter la bannière tricolore française sur le château Saint-Elme.