Sans doute, la douleur avait tenu Nicolino éveillé fort avant dans la nuit; car, lorsque le commandant, vers huit heures du matin, entra dans le cachot de son prisonnier, il le trouva profondément endormi.

Cependant la nouvelle qu'il lui apportait était assez grave pour qu'il prît sur lui de l'éveiller. On lui avait envoyé, pour les afficher à l'intérieur et à l'extérieur du château, quelques-unes des proclamations qui annonçaient le départ du roi, qui promettaient son prochain retour, qui nommaient le prince Pignatelli vicaire général, et Mack lieutenant du royaume.

Les égards que le commandant avait voués à son prisonnier lui faisaient un devoir de lui communiquer cette proclamation avant de la faire connaître à personne.

La nouvelle, en effet, était grave; mais Nicolino y était préparé. Il se contenta de murmurer: «Pauvre marquise!» Puis, écoutant les sifflements du vent dans les corridors et les battements de la pluie au-dessus de sa tête, il ajouta, comme Louis XV regardant passer le convoi de madame de Pompadour:

--Elle aura mauvais temps pour son voyage.

--Si mauvais, répondit Roberto Brandi, que les vaisseaux anglais sont encore dans la rade et n'ont pu partir.

--Bah! vraiment! répondit Nicolino. Et peut-on, quoique ce ne soit pas l'heure de la promenade, monter sur les remparts?

--Certainement! La gravité de la situation serait une excuse, si l'on venait à me faire un crime de ma complaisance. Dans ce cas, n'est-ce pas, monsieur le duc, vous auriez la bonté de dire que cette complaisance, vous l'avez exigée de moi?

Nicolino monta sur le rempart, et, en sa qualité de neveu d'un amiral, comme il disait, reconnut, sur le Van-Guard et la Minerve, les pavillons qui indiquaient la présence du roi sur l'un de ces bâtiments et du prince de Calabre sur l'autre.

Le commandant, qui l'avait quitté un instant, le rejoignit en lui apportant une excellente lunette d'approche.