--Tais-toi, misérable! Cet homme n'était pas un jacobin, tu le sais bien: c'était Antonio Ferrari, le courrier du roi et l'un des plus résolus serviteurs de Sa Majesté. Et, si vous ne me croyez pas, demandez au chevalier. Chevalier, dites à ces hommes qui ne sont point méchants, mais qui ont le malheur de suivre un méchant, dites-leur ce qu'était le pauvre Antonio.
--Mes amis, dit le chevalier, Antonio Ferrari, qui vient d'être tué, a, en effet, été victime de quelque erreur fatale; car c'était un des serviteurs dévoués de votre bon roi, qui pleure en ce moment sa mort.
La foule écoutait avec stupéfaction.
--Ose dire maintenant que cette tête n'est pas celle de Ferrari et que Ferrari n'était pas un honnête homme! Dis-le! mais dis-le donc, que j'aie l'occasion de te couper l'autre moitié du visage!
Et Michele leva son sabre sur le beccaïo.
--Grâce! dit celui-ci en tombant à genoux: je dirai tout ce que tu voudras.
--Et moi, je ne dirai qu'une chose, c'est que tu es un lâche! Va-t'en, et, quand tu te trouveras sur mon chemin, vingt pas à l'avance, à droite ou à gauche, aie soin de te déranger.
Le beccaïo se retira au milieu des huées de cette foule qui, un instant auparavant, l'applaudissait, et gui se divisa en deux bandes: l'une suivit le beccaïo en l'injuriant; l'autre suivit Michele et le chevalier en criant:
--Vive Michele! Vive le chevalier San-Felice! Michele resta à la porte du jardin pour congédier son escorte; le chevalier rentra chez lui, et, comme nous l'avons dit, appela Luisa.
Nous venons de raconter ce qu'il avait vu des fenêtres de la bibliothèque et ce qui lui était arrivé à la descente du Géant: deux choses suffisantes, à notre avis, pour motiver sa pâleur.