La foule, à laquelle il est égal de crier: Vive un tel! ou Mort à un tel! pourvu qu'elle crie, hurla d'une seule voix:

--Vive le chevalier San-Felice!

Seul, le beccaïo s'était tu.

--Allons, allons, lui dit Michele, ce n'est point une raison parce que c'est devant la porte de son jardin que tu as reçu ta pile, pour que tu ne cries pas: «Vive le chevalier!»

--Et s'il ne me plaît pas de le crier, à moi! dit le beccaïo.

--Ce sera absolument comme si tu chantais, attendu qu'il me plaît, à moi, que tu le cries! Ainsi donc, continua Michele, vive le chevalier San-Felice, et tout de suite, ou je t'appareille l'autre oeil!

Et il fit tourner son sabre autour de la tête du beccaïo, qui devint très-pâle, encore plus de terreur que de colère.

--Mon ami, mon bon Michele, dit le chevalier, laisse cet homme tranquille. Tu vois bien qu'il ne me connaît pas.

--Et quand il ne vous connaîtrait pas, serait-ce une raison pour vouloir vous forcer de baiser la tête de ce malheureux qu'il a tué? Il est vrai qu'il vaudrait mieux encore baiser cette tête, qui est celle d'un honnête homme, que la sienne, qui est celle d'un coquin.

--Vous l'entendez! hurla le beccaïo, il appelle des jacobins des honnêtes gens!