Luisa sentit un frisson courir par tout son corps, et, à l'instant même, devint attentive. Ce n'était plus d'elle qu'il était question, c'était des Français, et, par conséquent, de Salvato. La vie de Salvato était menacée, et peut-être cette révélation de Backer allait-elle lui donner moyen de sauver cette vie si chère qu'elle avait déjà conservée.
Par un mouvement involontaire, et en se penchant sur la table, elle se rapprocha du jeune homme; sa bouche était muette, mais ses yeux interrogeaient.
--Dois-je continuer? demanda Backer.
--Continuez, monsieur, fit Luisa.
--Dans trois jours, c'est-à-dire dans la nuit de vendredi à samedi, non-seulement les dix mille Français qui sont à Naples et dans les environs, mais encore, comme je vous l'ai dit, madame, tous ceux qui sont leurs partisans seront égorgés. Entre dix et onze heures du soir, les maisons où les meurtres doivent s'accomplir seront marquées d'une croix rouge; à minuit, le massacre aura lieu.
--Mais c'est horrible, mais c'est atroce, monsieur, ce que vous me dites là!
--Pas plus horrible que les Vêpres siciliennes, pas plus atroce que la Saint-Barthélémy. Ce que Palerme a fait pour échapper aux Angevins et Paris pour se délivrer des huguenots, Naples peut bien le faire pour se débarrasser des Français.
--Et vous ne craignez point que, vous hors de cette maison, je ne coure révéler ce projet?
--Non, madame! car vous réfléchirez que je ne vous ai pas même demandé la promesse de garder le secret; non, madame! car vous réfléchirez qu'un dévouement comme le mien ne doit pas être payé par une ingratitude; non, madame! car vous réfléchirez que votre nom est trop beau et trop pur pour être attaché par l'histoire au pilori de la trahison.
Luisa tressaillit; car elle comprit, en effet, ce qu'il y avait de grandeur et de dévouement dans ce secret que lui confiait, sans condition aucune, le jeune banquier. Seulement, il lui restait à savoir pourquoi il le lui confiait.