--Excusez-moi, monsieur, dit-elle, mais j'en suis à me demander ce que j'ai à faire avec les Français et avec les partisans des Français, moi, la femme du bibliothécaire, je dirai plus, de l'ami du prince royal.

--C'est vrai, madame; mais le chevalier San-Felice n'est plus là pour vous protéger par sa présence, pour vous couvrir par son loyalisme; et laissez-moi vous dire ceci, madame: j'ai vu avec terreur que votre maison était de celles qui devaient être marquées d'une croix.

--Ma maison? s'écria Luisa en se levant.

--Madame, je conçois que ce que je vous dis vous étonne, vous révolte même. Mais écoutez-moi jusqu'au bout. Dans des temps comme les nôtres, temps de trouble et d'orage, nul n'est exempt de soupçon, et, d'ailleurs, quand les soupçons dorment, les dénonciateurs sont là pour les éveiller. Eh bien, madame, j'ai vu, j'ai tenu entre mes mains, j'ai lu de mes yeux une dénonciation, anonyme, c'est vrai, mais tellement précise, qu'il n'y a pas à douter de sa véracité.

--Une dénonciation? fit Luisa étonnée.

--Une dénonciation, oui, madame.

--Mais une dénonciation contre moi?

--Contre vous.

--Et que disait cette dénonciation? demanda Luisa pâlissant malgré elle.

--Elle disait, madame, que, dans la nuit du 22 au 23 septembre de l'année dernière, vous aviez recueilli chez vous un aide de camp du général Championnet.