L'amour du beau jeune homme avait-il trouvé grâce dans son coeur, et y avait-il place dans ce coeur pour un amour nouveau à côté de l'amour ancien?

C'était impossible à croire; cependant, ce qui venait de se passer était bien extraordinaire.

Luisa, nous l'avons dit, avait remarqué le mauvais regard de Giovannina; mais elle avait à réfléchir sur quelque chose de plus grave que le nom du dénonciateur à trouver. Elle avait à réfléchir sur l'emploi qu'elle ferait de ce secret sans compromettre celui qui le lui avait confié, et comment elle sauverait Salvato sans perdre Backer.

Il fallait, avant tout, qu'elle vît le jeune officier; mais elle ne le voyait jamais que le soir chez la duchesse. Là, leur rencontre était toute naturelle, le salon de la duchesse étant, comme l'avait dit Backer, un véritable club.

Or, c'était bien du temps perdu que d'attendre un soir sur trois jours: c'était un jour de perdu. Il fallait donc l'envoyer chercher, et à Michele seul on pouvait confier un message de cette espèce.

Elle étendit le bras pour sonner Giovannina; mais, depuis dix minutes à peu près qu'elle l'avait renvoyée, Giovannina était peut-être couchée. Luisa pensa qu'il était plus simple d'aller à la chambre de la jeune fille et de lui porter l'ordre que de la forcer à le venir chercher.

La chambre de Giovannina n'était séparée de celle de sa maîtresse que par le corridor qui conduisait chez la duchesse Fusco.

Cette chambre était fermée par une porte vitrée seulement. La lumière y brillait encore, et, soit que le pas de Luisa fût si léger que Giovannina ne pût l'entendre, soit que l'occupation à laquelle elle se livrait l'absorbât trop profondément pour qu'elle songeât à autre chose, Luisa, en arrivant à la porte, put voir, à travers le rideau de fine mousseline qui en couvrait le vitrage, sa femme de chambre assise à une table et écrivant.

Comme peu importait à Luisa de savoir à qui Giovannina écrivait, elle ouvrit tout simplement et tout naturellement la porte. Mais sans doute il importait à Giovannina que sa maîtresse ne sût point qu'elle écrivait; car elle poussa un faible cri de surprise et se leva pour se placer entre Luisa et sa lettre.

Quoique étonnée que Nina écrivît à trois heures du matin, au lieu de se coucher et de dormir, Luisa ne lui fit aucune question, et se contenta de lui dire: