--Je voudrais voir Michel ce matin d'aussi bonne heure que possible: faites-le-lui savoir.

Puis, refermant la porte et rentrant chez elle, Luisa laissa sa femme de chambre libre de continuer sa lettre.

Comme on le comprend bien, Luisa dormit peu. Vers sept heures du matin, elle entendit du bruit dans la maison: c'était Giovannina qui se levait et sortait pour accomplir l'ordre de sa maîtresse.

Giovannina fut absente pendant près d'une heure et demie. Il est vrai qu'elle rentra avec Michele. Pour que la commission de sa maîtresse fût bien faite, elle avait voulu sans doute la faire elle-même.

Au premier coup d'oeil que le lazzarone jeta sur Luisa, il comprit qu'il venait de se passer quelque chose de grave.

Luisa était tout à la fois pâle et fiévreuse; ses yeux étaient entourés de ce cercle bleuâtre qui dénonce l'insomnie.

--Qu'as-tu donc, petite soeur? demanda Michele avec inquiétude.

--Rien, répondit Luisa en essayant de sourire; seulement, le plus promptement possible j'ai besoin de voir Salvato.

--Ce ne sera pas difficile, petite soeur, et un saut est vite fait d'ici au palais d'Angri.

Et, en effet, Salvato logeait, avec le général Championnet, rue Toledo, à ce même palais d'Angri où, soixante ans plus tard, logea Garibaldi.