Elle ferma, cacheta cette lettre et la remit, au planton.

Celui-ci se croisa dans le jardin avec Michele.

Michele venait annoncer à Luisa ce que Luisa savait déjà, c'est-à-dire l'absence de Salvato et l'ordre qu'il avait donné de lui envoyer ses lettres à Salerne.

Luisa le pria de rester à la maison. Elle aurait sans doute, dans la journée, quelques commissions importantes à lui donner; peut-être l'enverrait-elle à Salerne.

Puis, plus agitée que jamais, elle rentra dans sa chambre et s'y enferma.

Michele, qui avait l'habitude de voir sa soeur de lait si calme, se retourna vers la jeune femme de chambre.

--Qu'a donc ce matin Luisa? lui demanda-t-il. Est-ce que, depuis que je suis devenu raisonnable, elle deviendrait folle, par hasard?

--Je ne sais, répondit Giovannina; mais elle est ainsi depuis la visite que lui a faite, cette nuit, M. André Backer.

Michele vit le mauvais sourire qui passait sur les lèvres de Giovannina. Ce n'était point la première fois qu'il le remarquait; mais, cette fois, ce sourire avait une telle expression de haine, que peut-être allait-il en demander l'explication, lorsque Luisa sortit de sa chambre enveloppée d'une mante de voyage. Son visage, plus ferme, sinon plus calme, donnait à sa physionomie l'expression d'une résolution prise et à laquelle il eût été inutile de s'opposer.

--Michele, dit-elle, tu peux disposer de toute ta journée, n'est-ce pas?