Si le vent est contraire, on prend une voiture à Naples, à la première place, au premier angle de rue, au premier carrefour; on contourne le golfe par Resina, Portici, Torre-del-Greco; on s'enfonce dans la montagne par la Cava, et l'on arrive à Salerne à peu près dans le même espace de temps.
A peine sur le quai, Michele s'informa du but du voyage, et, ayant appris que le but du voyage était Salerne, demanda à sa soeur de lait quel était le mode de locomotion qu'elle préférait.
--Le plus rapide, répondit Luisa.
Michele interrogea des yeux l'horizon; l'horizon était pur et promettait une journée magnifique. A Naples, le printemps commence en janvier, et, avec le printemps, les beaux jours. Une jolie brise soufflait du large et ridait doucement la surface du golfe, sur lequel on voyait glisser en tout sens une foule de balancelles, de tartanes, de felouques, dont on reconnaissait la destination à leur grandeur, et la nationalité à leur coupe ou à leur voilure. Michele proposa à Luisa la voie de mer, qui fut acceptée sans discussion.
Michele descendit sur la plage de Mergellina et fit prix: moyennant deux piastres, il avait la barque pour vingt-quatre heures.
S'il eût fallu ramer, la barque eût coûté le double; mais on pouvait aller à la voile, et l'absence de fatigue fut estimée deux piastres.
Luisa, enveloppée dans une mante de voyage qui lui cachait entièrement le visage, descendit dans la barque et s'assit sur le manteau de Michele plié en quatre.
La petite voile triangulaire fut orientée, et la barque partit, gracieuse et blanche comme une mouette qui ouvre ses ailes.
On rasa la pointe du château de l'Oeuf, sur lequel flottait le drapeau tricolore français, uni au drapeau tricolore napolitain, et l'on coupa diagonalement le golfe, le sillage du bateau formant la corde de l'arc.
Les deux mariniers avaient reconnu Michele. Malgré son brillant uniforme, ou peut-être même à cause de cela, la conversation s'engagea sur les affaires du temps.