Michele était un des auditeurs les plus assidus de Michelangelo Ceccone, ce bon prêtre patriote qui, mandé par Cirillo, avait assisté à ses derniers moments le sbire blessé par Salvato. Il avait traduit l'Évangile en patois napolitain, et expliquait aux lazzaroni ce livre, source de toute morale, qui leur était parfaitement inconnu.
L'esprit souple et facile du jeune lazzarone s'était rapidement imprégné de l'esprit démocratique dont le souffle divin anime ce grand livre; et, prosélyte de la Révolution, il ne manquait jamais une occasion de lui faire des prosélytes.
Aussi, dès que l'on fut en marche et qu'après avoir d'un regard insouciant interrogé l'horizon, les deux mariniers eurent abandonné leur barque à la brise du nord-ouest, Michele leur adressa-t-il la parole.
--Eh bien, leur demanda-t-il en se frottant les mains, vous êtes contents, mes bons amis, j'espère?
--Contents de quoi? demanda le plus vieux des deux mariniers, qui ne paraissait point apprécier son bonheur à la mesure de celui de Michele.
--Sans doute, vous pourrez pêcher partout dans le golfe maintenant, du Pausilippe au cap Campanella, sans que le tyran vous en empêche.
--Quel tyran? demanda toujours le plus vieux.
--Comment, quel tyran? Mais Ferdinand, je suppose.
--On n'est point un tyran, parce que l'on pêche chez soi, répliqua le plus jeune, qui paraissait partager entièrement les opinions de son aîné, et qu'on empêche les autres d'y pêcher.
--Comment! tu prétends que la mer est au roi?