Un des deux mariniers voulut faire une observation.
--Attends, dit Michele, je n'ai pas fini. La terre, pour qu'elle produise, il faut la labourer, l'ensemencer; la mer se laboure toute seule et s'ensemence d'elle-même. Nous avons beau y puiser des moissons de soles, de rougets, de mulets, de lamproies, de murènes, de raies, de homards, de turbots, de langoustes, plus nous en prenons, plus il y en a; les moissons succèdent aux moissons, sans qu'on ait besoin d'engraisser ou de fumer la mer. C'est ce qui me fait dire: la terre est aux riches, mais la mer est aux pauvres et à Dieu. Or, il faut être un tyran, et un tyran abominable, pour ôter aux pauvres ce que Dieu leur a donné, quand l'Évangile dit: «Qui donne aux pauvres prête à Dieu.»
--Hum! hum! fit le plus éloquent des deux mariniers, embarrassé un instant.
--Voyons, réponds à cela, dit Michele se croyant déjà vainqueur.
--Eh bien, oui, je réponds.
--Que réponds-tu?
--Je réponds que le roi a un casino à Mergellina...
--Oui, celui où il vendait son poisson.
--Un palais à Naples, un château à Portici, une villa à la Favorite, tout cela au bord du golfe.
--Eh bien, que prouve cela?