--Cela prouve que le golfe est à lui, sinon la mer. Est-ce que nous avons des châteaux sur le bord du golfe, nous?

--Oui, répéta le second marinier, encouragé par la polémique du premier, est-ce que nous avons des châteaux sur le bord du golfe? Et toi, tout le premier, avec tes beaux habits, en as-tu? Réponds.

--Alors, dit Michele, pourquoi ne bâtit-il pas un grand mur de la pointe du Pausilippe au cap Campanella, avec des portes pour laisser passer les barques et les vaisseaux?

--Il est assez riche pour cela, s'il le voulait faire.

--Oui; mais il n'est point assez puissant; et rien qu'à la première tempête, Dieu, en soufflant sur ces murs, les ferait tomber comme ceux de Jéricho.

--Mais, alors, pourquoi, puisque toute sorte de prospérités devaient nous arriver, du moment que les Français seraient maîtres de Naples, pourquoi le pain et le macaroni sont-ils toujours au même prix que du temps du tyran?

--C'est vrai: mais la municipalité a rendu un décret qui fixe, à partir du 15 février prochain, le prix du pain et du macaroni au-dessous de l'ancien cours.

--Pourquoi au 15 février et pas tout de suite?

--Parce que le tyran a fait vendre à ses amis les Anglais tous les navires chargés de grain qui viennent des Pouilles et de Barbarie; il faut bien donner le temps à d'autres d'arriver. Que devons-nous faire en les attendant? Le haïr, le combattre, mourir plutôt que de rentrer sous sa domination. Les Français n'ont-ils pas fait ce qu'ils ont pu faire? N'ont-ils pas aboli le privilège de la pêche? Tout le monde ne peut-il pas pêcher aujourd'hui dans les réserves du roi?

--Ça, c'est vrai.