Le cocher reçut l'ordre d'aller à l'hôtel de la Ville.
Salvato était dans son appartement, et avait dit que, si quelqu'un venait de Naples, on l'introduisît à l'instant même près de lui.
Il était évident qu'il avait reçu la réponse de la lettre adressée à Luisa, et qu'il attendait Michele.
Lorsque s'ouvrit sa porte, il se leva vivement pour aller au-devant du messager; mais, en voyant entrer une femme au lieu d'un homme qu'il attendait, il jeta un cri de surprise, puis, en reconnaissant Luisa au lieu de Michele, un cri de joie.
Son premier mouvement fut de bondir vers la jeune femme, de la serrer contre son coeur et d'appuyer ses lèvres contre ses lèvres.
Ce fut autour de Luisa de pousser un cri d'étonnement et de bonheur. Elle n'avait jamais été si complètement abandonnée aux bras de son amant, et, sous la flamme de ce baiser, elle avait éprouvé une sensation de volupté telle, que cette sensation ne s'était arrêtée que sur les limites de la douleur.
Michele n'avait point dépassé le seuil de la porte, et, sans avoir été vu, il se retira sur la pointe du pied et se tint dans la chambre qui précédait celle des deux amants.
--Vous! vous! s'écria Salvato. Vous êtes venue vous-même!
--Oui, moi-même, mon bien-aimé Salvato; car ni messager si habile qu'il fût, ni lettre si pressante qu'elle fût, ne pouvaient me remplacer.
--Vous avez raison, ma soeur chérie. Qui pourrait, fût-ce l'ange de l'amour lui-même, remplacer votre présence bénie? Est-ce que toutes les flammes de la terre réunies pourraient remplacer un rayon de soleil? Mais enfin, qui me vaut un pareil bonheur? Vous savez, chère Luisa, que je ne serai bien sûr que vous êtes là que quand je connaîtrai la cause qui vous amène.