--Ce qui m'amène, Salvato,--écoute bien ceci!--c'est la certitude que tu ne sauras pas me refuser une prière que je te ferai à genoux, une chose à laquelle je te dirai que ma vie est attachée; c'est que tu m'accorderas ma demande sans t'informer pourquoi cette demande t'est adressée; c'est que, lorsque je te dirai: «Fais cela!» tu le feras aveuglément, sans discussion, sans retard, à l'instant même.
--Et tu as eu raison de compter sur mon obéissance, Luisa, si tu ne me demandes rien contre mon devoir ni contre mon honneur.
--Oh! je me doutais bien que tu allais me faire quelque objection du genre de celle-là. Contre ton devoir! contre ton honneur! N'as-tu pas fait ton devoir jusqu'aujourd'hui, au delà du devoir? Ton honneur, ne l'as tu pas porté assez haut pour qu'il ne puisse recevoir aucune atteinte? Il ne s'agit point de ton honneur, il ne s'agit point de ton devoir; il s'agit de savoir si tu m'obéiras aveuglément dans une circonstance où il est question de ma vie.
--Ta vie! Quel risque peut courir ta vie, je te le demande?
--Crois-tu en moi, Salvato?
--Comme je croirais dans l'ange de la vérité.
--Eh bien, alors, fais ce que je vais te dire, sans objection et sans lutte.
--Dis.
--Demande à ton général, aujourd'hui, pour Rome, par exemple, une mission qui te fasse sortir du royaume avant vendredi soir.
Salvato regarda Luisa avec un profond étonnement.