--Oui, si, placé par mon général à un poste quelconque, j'abandonnais ce poste, dans la crainte d'un danger imaginaire ou réel.

--Eh bien, Salvato, si ma prière prenait une autre forme, si je te disais: «J'ai à faire à Rome un voyage indispensable; j'ai peur de traverser seule ces implacables bandes de brigands; demande à ton général la permission d'accompagner une soeur, une amie,» ne la demanderais-tu pas?

--Attends que ce que j'ai à faire ici soit achevé, et, samedi matin, je te le promets, je demande un congé de huit jours au général.

--Samedi matin! C'est trop tard! c'est trop tard!... Ah! mon Dieu, inspirez-moi! Que faire, que dire pour le décider?

--Une chose bien simple, ma Luisa: transmets-moi tes craintes, apprends-moi ce qui te fait désirer mon absence, et fais-moi juge de la question; tu seras sûre alors de ne pas m'entraîner dans quelque fausse voie où s'égarerait mon honneur.

--Et voilà justement ce qui fait ma situation fausse, voilà pourquoi tu hésites, voilà pourquoi tu doutes. C'est que, moi aussi, j'ai, quoique femme, mon honneur d'honnête homme, si je puis dire cela; c'est que j'ai reçu une confidence, c'est que j'ai promis, c'est que j'ai juré, c'est que j'ai fait un serment à moi-même de ne pas dire le nom de celui qui me l'a faite; car sa confiance en moi a été telle, que, tout en mettant sa vie entre mes mains, il ne m'a demandé aucune garantie.

--Et comment ne m'as-tu rien dit de cela hier au soir?

--Hier au soir, je n'en savais rien.

--Alors, dit Salvato en regardant fixement Luisa, c'est le jeune homme qui t'attendait chez toi et qui n'est sorti de chez toi qu'à trois heures du matin, qui est venu te faire cette confidence que tu ne peux révéler.

Luisa pâlit.